Résilience

COP30 : l’IA au cœur des débats climatiques, entre promesse technologique et impératif de résilience

16 déc. 2025

La COP30 a confirmé une évolution majeure dans la manière dont la communauté internationale aborde la crise climatique : l’intelligence artificielle n’est plus perçue uniquement comme un levier d’optimisation environnementale, mais comme un sujet politique à part entière, au croisement de la prévision, de l’adaptation et de la sobriété. Les débats qui ont traversé cette conférence ont mis en lumière une tension centrale : l’IA est à la fois indispensable pour faire face à la complexité croissante des risques climatiques, et porteuse de nouvelles vulnérabilités environnementales, énergétiques et sociales.

Depuis plusieurs années, les outils d’IA sont mobilisés pour améliorer la compréhension des phénomènes climatiques, affiner les modèles de prévision, anticiper les événements extrêmes et optimiser la gestion des ressources. À la COP30, cette utilité n’a été contestée par personne. Au contraire, de nombreux acteurs institutionnels ont souligné que sans intelligence artificielle, il serait désormais impossible de traiter les volumes de données nécessaires à l’anticipation des crises climatiques à venir. La prévision météorologique avancée, la détection précoce des feux, la modélisation des inondations ou encore l’analyse des vulnérabilités urbaines reposent de voir plus sur des capacités algorithmiques.

Mais cette reconnaissance s’est accompagnée d’un débat beaucoup plus critique sur le coût réel de ces technologies. Plusieurs délégations, ONG et agences onusiennes ont rappelé que l’IA n’est pas neutre : consommation énergétique des centres de données, usage intensif de l’eau pour le refroidissement, dépendance à des infrastructures numériques elles-mêmes vulnérables aux aléas climatiques. L’UNEP a notamment insisté sur le fait que le bilan environnemental de l’IA dépend moins de son existence que de ses usages, de son architecture et de sa finalité.

C’est ici que la COP30 marque une inflexion importante. Le débat ne porte plus sur la question de savoir s’il faut utiliser l’IA, mais comment l’utiliser. Une convergence s’est dessinée autour de trois principes : une IA ciblée plutôt que généraliste, une IA explicable plutôt qu’opaque, et une IA orientée action plutôt que démonstration technologique. Autrement dit, une IA conçue pour soutenir des décisions concrètes, au bon moment, au bon endroit, plutôt que pour produire des modèles abstraits difficilement actionnables sur le terrain.

Cette orientation est particulièrement significative pour les territoires. Les villes et les collectivités ont été très présentes dans les discussions de la COP30, rappelant que la crise climatique se vit d’abord localement. Vagues de chaleur urbaines, crues éclairs, feux périurbains, blackouts énergétiques : les impacts sont immédiats, et les marges de manœuvre extrêmement réduites. Dans ce contexte, l’IA n’a de valeur que si elle permet d’anticiper, d’alerter et de guider l’action, y compris lorsque les infrastructures sont dégradées.

Les échanges ont également mis en évidence une inquiétude croissante : la dépendance excessive à des systèmes centralisés et énergivores pourrait créer de nouveaux points de fragilité. Une IA climatique qui cesse de fonctionner en situation de crise perd toute pertinence opérationnelle. Cette réalité pousse à repenser les architectures technologiques au service de la résilience : traitement distribué, sobriété computationnelle, priorisation des usages critiques, continuité en mode dégradé.

Dans ce paysage, l’approche portée par Ward & Raven s’inscrit pleinement dans les orientations exprimées à la COP30. Le choix d’une IA appliquée à la compréhension des risques (IRIS), combinée à une capacité d’alerte et de guidance opérationnelle (Pulse), repose sur une logique de sobriété et d’utilité. L’objectif n’est pas de multiplier les modèles complexes, mais de produire une information exploitable par les collectivités et les citoyens, même en situation de stress ou de dégradation des réseaux. Cette conception rejoint les appels formulés lors de la COP30 en faveur d’une IA de résilience, au service de l’action et non de la seule performance algorithmique.

La COP30 n’a pas résolu la crise climatique. Elle a cependant clarifié un point essentiel : l’adaptation devient un pilier central des politiques climatiques, et l’intelligence artificielle en est désormais un outil structurant. À condition, toutefois, de l’inscrire dans une démarche responsable, frugale et orientée terrain. Les territoires qui sauront se doter de solutions intelligentes, robustes et adaptées aux réalités locales seront mieux armés pour affronter les chocs à venir.

À l’approche de 2026, le message est clair. L’IA climatique ne peut plus être pensée comme une vitrine technologique globale. Elle doit devenir une infrastructure discrète mais essentielle de la résilience territoriale, capable d’accompagner les décideurs publics et les citoyens dans un monde où l’incertitude est désormais la norme.

Ward & Raven — Montréal | Paris

Au-delà de la résilience.