Analyse

Résilience

Blackouts hivernaux : un risque systémique désormais incontournable pour les villes en 2026

15 nov. 2025

Les coupures d’électricité hivernales ne sont plus un accident rare ni un dommage collatéral de “la tempête du siècle”. Elles sont devenues un phénomène récurrent, documenté et prévisible, porté par l’intensification des aléas climatiques et la fragilité croissante des infrastructures électriques en Europe et en Amérique du Nord. L’hiver 2025-2026 s’annonce sous le signe d’une tension structurelle : réseaux vieillissants, phénomènes météorologiques extrêmes plus fréquents, dépendance accrue des populations aux systèmes numériques, et capacités de réparation parfois dépassées par l’ampleur des dégâts.

Les données de ces dernières années l’illustrent avec une netteté inhabituelle. Le CRED (EM-DAT, 2024) observe une hausse de 270 % des pannes d’infrastructures énergétiques liées aux tempêtes en dix ans. La NOAA recense trois fois plus de major outages en Amérique du Nord qu’au début des années 2010. En Europe, l’Agence européenne pour l’environnement (EEA, 2025) souligne une intensification des vents hivernaux, rendant les lignes aériennes plus vulnérables aux chutes d’arbres, au verglas et aux phénomènes de surpression. L’ensemble dessine une tendance lourde : les blackouts ne sont plus l’exception mais le symptôme visible d’un système énergétique sous pression.

Les événements récents donnent une idée concrète de la nouvelle réalité. Au Québec, la tempête de verglas d’avril 2023 a laissé plus de 1,1 million de clients sans électricité, certains durant plus de 72 heures (Hydro-Québec, 2024). En France, la tempête Ciaran (novembre 2023) a plongé plus d’un million de foyers dans le noir, et pour 200 000 d’entre eux, le courant n’est revenu qu’après deux jours (RTE, 2024). Au Royaume-Uni, Henk a provoqué en janvier 2025 plus de 350 000 coupures, certaines dépassant 48 heures (National Grid, 2025). Et en Californie, les atmospheric rivers de février 2024 ont provoqué des interruptions allant de 36 à 60 heures selon les comtés (California Energy Commission, 2024).

Ces durées ne sont pas arbitraires : elles correspondent au temps incompressible nécessaire pour localiser et dégager les lignes, remplacer les transformateurs endommagés, sécuriser l’environnement immédiat, puis recharger le réseau par séquences afin d’éviter un effondrement en cascade. Hydro-Québec indique que les pannes majeures nécessitent généralement entre 24 et 72 heures selon la densité urbaine et l’état des accès (Hydro-Québec, 2024). L’OCDE parle de plus de 36 heures de rétablissement médian pour les zones urbaines touchées par des tempêtes (OCDE, 2024). Ces chiffres établissent un seuil opérationnel de 48 heures qui s’impose désormais comme référence réaliste.

Or, une interruption électrique prolongée crée des effets systémiques rapides. Dès les premières heures, les logements non autonomes perdent leur capacité de chauffe, ce qui, en plein hiver, augmente les risques sanitaires, notamment pour les enfants et les personnes âgées (OMS, 2024). Les relais télécoms secondaires perdent leurs batteries entre 4 et 8 heures après la coupure (FCC, 2024), créant des zones blanches imprévues. Après une douzaine d’heures, les systèmes logistiques commencent à se dégrader : stations-service inopérantes, terminaux bancaires indisponibles, rupture d’approvisionnement pour certains commerces. Au bout de 24 à 48 heures, ce sont les infrastructures d’eau sous pression qui deviennent vulnérables, les appels aux services d’urgence qui augmentent alors même que leurs capacités opérationnelles se réduisent, et des risques d’hypothermie qui apparaissent dans les habitations non chauffées.

Cette vulnérabilité progressive explique pourquoi la Commission européenne recommande depuis 2023 que chaque foyer soit capable d’assurer 72 heures d’autonomie minimale — eau, énergie, éclairage, premiers secours — intégrant l’hypothèse d’un blackout prolongé (DG-ECHO, 2023). FEMA (États-Unis) et Sécurité civile Québec s’alignent sur ces mêmes préconisations, signe que la résilience domestique devient une composante essentielle des politiques publiques de gestion de crise.

Pourtant, la préparation municipale reste très inégale. Selon Public Safety Canada (2024), 65 % des municipalités ne disposent pas de protocole clairement établi pour gérer simultanément une coupure d’électricité, une perte de réseau mobile et une indisponibilité d’internet. En France, les audits des Plans Communaux de Sauvegarde montrent que moins d’un tiers des communes intègrent un scénario de blackout prolongé dans leurs plans de gestion de crise (Ministère de l’Intérieur, 2024). Au niveau européen, 70 % des collectivités n’ont pas de cartographie intégrée des foyers vulnérables, ni de solution d’alerte multicanale fonctionnant en mode dégradé (DG-ECHO, 2025).

Ce déficit de préparation est préoccupant, car les coupures hivernales ne paralysent pas seulement l’électricité : elles affectent l’information, la mobilité, la sécurité, la santé et la logistique urbaine. Pour les villes, l’enjeu consiste désormais à renforcer simultanément la continuité des communications, l’autonomie des foyers et la capacité de priorisation opérationnelle après un choc.

C’est précisément dans cette perspective que se positionnent les solutions modernes de résilience distribuée recommandées par l’OCDE. Elles associent :
– des systèmes d’alerte multicanaux capables de fonctionner hors ligne ;
– une cartographie dynamique croisant exposition énergétique et vulnérabilités sociales ;
– un équipement minimaliste mais robuste pour les citoyens (72 h d’autonomie) ;
– un protocole clair de restauration priorisée des infrastructures critiques.

L’écosystème Ward & Raven s’inscrit dans cette approche systémique. Pulse permet la diffusion d’alertes même en cas d’effondrement des réseaux classiques, grâce à un mode hors-ligne jusqu’à 48 heures et un relais SMS. Le WNRI intègre les paramètres de risque énergétique et climatique dans une grille territoriale cohérente. Le GoBag™ fournit une autonomie matérielle adaptée aux recommandations internationales. Restore™ structure le retour à la normale. Ensemble, ces briques composent une architecture de résilience distribuée conforme aux attentes des collectivités face aux scénarios de blackout.

L’entrée dans l’hiver 2026 impose un changement de paradigme : considérer les coupures électriques prolongées non comme des anomalies, mais comme des événements mécaniquement liés au nouveau régime climatique. Pour les territoires, cette prise de conscience doit s’accompagner d’une montée en capacité opérationnelle, d’une structuration de la résilience citoyenne et d’une modernisation des outils d’alerte. Les blackouts hivernaux sont devenus une réalité systémique ; la préparation doit désormais l’être tout autant.

Ward & Raven — Montréal | Paris

Au-delà de la résilience.