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2025 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée : ce que cela change pour les villes en 2026

15 nov. 2025

L’année 2025 restera comme un marqueur climatique global. Selon la NASA, le Met Office britannique et le programme Copernicus de l’Union européenne, la planète a battu un nouveau record de température moyenne annuelle, dépassant le précédent sommet établi en 2023. Les anomalies thermiques se sont étendues à toutes les latitudes, renforcées par un El Niño particulièrement intense et par une tendance de fond liée à l’accumulation de gaz à effet de serre. Pour la première fois, plusieurs mois de l’année ont franchi le seuil symbolique de +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle, un signal que les climatologues attendaient sans l’espérer si tôt.

Les villes ont été les premières à ressentir la brutalité de cette trajectoire. Les vagues de chaleur se sont succédé à un rythme inédit : Europe du Sud, Balkans, Midwest américain, Golfe persique, Méditerranée orientale, Inde du Nord. Les records cumulés dessinent une carte mondiale où les zones urbaines ont agi comme des multiplicateurs thermiques. L’effet d’îlot de chaleur urbain a parfois accentué localement les températures de 6 à 12 °C par rapport aux zones rurales voisines (EEA, 2025). En juillet, plusieurs métropoles — Séville, Phoenix, New Delhi, Athènes — ont connu des indices de chaleur dépassant ponctuellement les seuils dangereux pour la survie humaine sans protection.

Si 2025 a été une année d’extrêmes, 2026 ne sera pas une simple parenthèse de retour à la normale. Les projections produites par Copernicus, la NOAA et le GIEC indiquent une probabilité élevée que les tendances observées continuent à s’intensifier. Pour les villes, cela signifie l’entrée dans un nouveau régime climatique, marqué par des vagues de chaleur plus longues, des nuits tropicales plus fréquentes, une dégradation accélérée des infrastructures et une pression accrue sur les services de santé. L’adaptation n’est plus un chantier théorique ; elle devient une nécessité opérationnelle immédiate.

L’impact le plus tangible concerne le fonctionnement quotidien des territoires. En 2025, plusieurs réseaux électriques ont montré leur vulnérabilité face aux pics de consommation estivaux : la Californie a frôlé des coupures tournantes en août, tout comme l’Espagne, dont certaines régions ont enregistré des consommations record dépassant les capacités prévues pour 2030 (California ISO, REE España). Les infrastructures routières et ferroviaires ont souffert également, les déformations thermiques des rails et chaussées devenant plus fréquentes, tout comme les ruptures d’enrobés dans les zones densément circulées. Les réseaux d’eau potables, soumis à la fois à la sécheresse et à la hausse de la demande, ont connu plusieurs épisodes de tensions aiguës, en particulier dans les communes littorales méditerranéennes.

Les effets sur la santé publique ont été tout aussi marquants. L’OMS estime qu’en 2025, les vagues de chaleur ont contribué à une augmentation significative des admissions hospitalières liées à la déshydratation, aux coups de chaleur et aux complications cardiovasculaires, notamment chez les personnes âgées. Les villes dépourvues de plans chaleur correctement dimensionnés — zones d’ombre, points de rafraîchissement, mobilisation sociale — ont observé une mortalité excédentaire largement supérieure à celles ayant anticipé ces pics thermiques.

Face à cette trajectoire, les politiques urbaines doivent évoluer rapidement. Les villes qui n’intègrent pas pleinement le risque thermique dans leur planification pour 2026 s’exposent à des défaillances systémiques : perturbations électriques, interruptions de services, risques sanitaires accrus, inégalités sociales amplifiées entre quartiers bien équipés et zones dépourvues d’infrastructures de rafraîchissement. La Commission européenne, dans son programme d’adaptation 2025–2030, insiste sur la nécessité pour les collectivités de cartographier les zones d’exposition thermique, d’identifier les populations vulnérables et de déployer des dispositifs de protection accessibles — climatisation d’urgence, îlots de fraîcheur, végétalisation stratégique, réseaux d’alerte locale.

Mais la dimension la plus importante reste celle de l’information. L’année 2025 a montré l’écart entre la connaissance des risques et la capacité des citoyens à agir. Les alertes chaleur publiées par les agences nationales ont été nombreuses, mais souvent trop éloignées des réalités locales. Les habitants ne disposaient pas toujours de messages contextualisés, adaptés à leur quartier, à leurs conditions d’habitat ou à leur mobilité réduite. Or la chaleur est un risque qui ne laisse aucune marge de manœuvre : une mauvaise indication, une absence de guidance, et les conséquences peuvent être immédiates.

C’est précisément là que les outils territoriaux modernes doivent évoluer. L’adaptation au risque thermique repose sur une information granulaire, sur la capacité à détecter les zones critiques en temps réel, à prévenir les habitants vulnérables, à déclencher des actions concrètes — s’hydrater, se déplacer dans un lieu frais, éviter l’exposition. Les technologies de mesure, d’analyse et de diffusion doivent se doter d’une dimension hyper-locale, prédictive et actionnable.

L’année record 2025 n’est pas seulement un signal d’alarme ; c’est un point d’inflexion. Les villes qui anticipent dès 2026 la continuité du risque thermique pourront préserver leur attractivité, réduire les impacts sanitaires, renforcer la cohésion sociale et démontrer une véritable gouvernance climatique. Celles qui ne s’y préparent pas devront affronter des perturbations répétées, coûteuses et politiquement difficiles à gérer.

La chaleur extrême n’est plus un phénomène ponctuel. Elle devient un cadre structurel de l’action publique. Les villes, en première ligne, doivent désormais construire une résilience thermique robuste, technologique et sociale, à la hauteur de ce nouveau climat qui s’installe durablement.

Ward & Raven — Montréal | Paris

Au-delà de la résilience.